EFFORTS DE VOLTAIRE
les directions, la peine inexprimable qu'il se donna pour réunir les preuves et pour gagner à ces malheureux les premiers avocats parisiens, les mémoires qu'il lança l'un sur l'autre dans le public, pour attirer l'attention générale sur cette affaire, son intercession enfin près de ses riches et puissants protecteurs afin d'en obtenir des secours pour cette famille réduite à la mendicité, tout cela mérite nos plus grands éloges et notre admiration. Et qu'on ne dise pas que cet assassinat juridique étant le produit du fanatisme. Voltaire a naturellement saisi cette occasion de porter un coup à ce dernier. Sans doute il l'a fait, et avant tout, dans le fameux Traité sur la tolé^^ance, à l'occasion de la mort de Jean Calas; ce mobile agissait pour sa part, mais n'était ni le seul ni le premier. Voltaire était blessé au plus haut degré dans sa sympathie, dans ses sentiments de la justice et de l'humanité; en face de telles monstruosités il avait honte d'être Français, d'être homme; une excitation fiévreuse court dans toutes les lettres qu'il écrivit à cette occasion. Quand il assurait plus tard que pendant les trois années qui se passèrent avant qu'il eût atteint son but, nul sourire n'avait paru sur ses lèvres, il y avait certainement là un tour oratoire, mais à peine une exagération. Car c'est après trois années qu'il parvint enfin à ce but. Par Tinfluence de personnages puissants, que Voltaire sut intéresser à l'affaire, le roi avait confié à une cour supérieure de justice, à Paris, la révision du procès; et le 9 mars 1765, le même jour où trois ans auparavant Jean Calas avait été exécuté, celle-ci déclara nul, à l'unanimité, le jugement du parlement de Toulouse ; innocents le supplicié et sa famille; et bientôt après, le