CALAS PROCLAMÉ INNOCENT
roi accorda à celle-ci une somme de 36,000 livres en dédommagements des pertes de fortune. C'est avec raison que d'Alembert écrivait alors à Voltaire : « Vous avez su que les Calas ont pleinement gagné leur procès ; c'est à vous qu'ils en ont obligation. Vous avez seul remué toute la France et toute l'Europe en leur faveur. »
De même que dans un tremblement de terre une première secousse est en général suivie d'une seconde et d'une troisième, ainsi, en 1761, lorsque la famille Calas gémissait encore dans sa prison, un cas tout à fait analogue attira l'attention sur un autre lieu du midi de la France. A Castres, dans le ressort judiciaire de Toulouse, vivait sur un petit bien la famille Sirven, également protestante, composée du père, de la mère et de trois flUes. La plus jeune est un jour présentée à l'évêque de Castres, qui, entendant dire qu'elle est protestante, la fourre dans une sorte de couvent pour être gagnée à la seule église où Ton puisse être sauvé. Comme la persuasion ne portait nul fruit, on eut recours aux verges: par suite de ce traitement, la pauvre enfant fut atteinte d'un dérangement do l'esprit, s'enfuit et se précipita bientôt après dans un puits, en pleine campagne. Le précédent de Toulouse traça ici le chemin à la voix publique. Comme là le père avait étranglé son fils avec l'aide de sa famille, ici le père avait noyé sa fille avec le secours des siens, et pour le même motif, parce que, sensible aux exhortations amicales du couvent, elle était sur le point de se faire catholique. Les prêtres excitèrent la populace, qui voulut assiéger la maison. L'arrestation de la famille était imminente; mais celle-ci, effrayée par le sort des Calas, prit la fuite par une sombre