‹ Voltaire: six conférencesChapitre 165 sur 257 · VOLTAIRE ET LES COUTUMES JUDICIAIRES · texte numérisé non relu

VOLTAIRE ET LES COUTUMES JUDICIAIRES

jeune et moi je suis un vieux malade: pardonnez à ma tristesse. » Nous rencontrons en eflTet dans la correspondance de Voltaire à cette époque la pensée de fonder hors de la France despotique et fanatique une petite colonie de philosophes, dans le pays de Clèves, appartenant au roi philosophe. La chose échoua, et Voltaire parvint aussi peu à faire casser le jugement d'Abbe ville; nous dirons plus tard comment il devint dans la suite le bienfaiteur du survivant des deux condamnés. Pendant les années suivantes, Voltaire continua à s'occuper de différentes affaires de justice; et toujours, d'après sa persuasion, contre des sentences injustes, voulant ou prévenir l'accomplissement, ou justifier après coup la victime, faisant servir ces différents cas comme des exemples et des avertissements pour l'avenir.

Car si c'était tout d'abord un cas particulier qui avait chaque fois ému ses sentiments d'humanité si développés, il ne perdait jamais de vue l'intérêt général , surtout l'amélioration de la Justice, qui alors, surtout en France, était bien imparfaite. La torture, comme nous l'avons déjà vu, était en pleine faveur ; la recherche des preuves était soumise aux plus grands abus; les sentences étaient rendues sans être motivées; l'uniformité des lois manquait pour les différentes provinces, de même que les moyens d'appel; et, ce qui était le mal le plus dangereux, les places de juge se vendaient. Puis venait la barbare disproportion entre les délits et les peines. La peine de mort s'étendait bien au delà de son domaine naturel, et aggravée encore par la coutume de couper la main, d'arracher la langue, de tenailler avec des pinces rougies.

DÉSIRS d'améliorations. 187

de briser sur la roue, d une façon qui allait et contre le but de la peine et contre Thumanité. Lorsque sur ces entrefaites, en 1764, Beccaria fit parai tre son Traité des délits et des peines^ Voltaire reconnut en lui un compagnon de ses efforts, donna à une relation du supplice de do La Barre la forme d'une lettre à lui adressée, et écrivit plus tard un commentaire sur son œuvre fameuse. Il n'était ni moins infatigable ni moins énergique à demander une législation pénale simple et uniforme, une instruction plus approfondie et plus humaine, un examen plus consciencieux des témoignages, l'abolition de la torture et de l'aggravation de la peine de mort; il voulait même voir celle-ci, en conservant seulement quelques exceptions apparentes, changée en celle des travaux forcés. On croirait à peine aujourd'hui , si ce point ne tenait pas une place principale dans les desiderata de Voltaire, que dans la France monarchique les sentences de mort pouvaient avoir leur effet, sans que les pièces du procès fussent venues sous les yeux du roi et de son conseil pour une dernière révision. Les soutiens de tous ces défauts et de tous ces abus étaient les parlements, qui d'un autre côté, il est vrai, par suite des attributions politiques qu'ils avaient su s'approprier, formaient le dernier rempart contre l'arbitraire royal. Lorsque dans la suite, en 1771,1e chancelier Maupeou entreprit la transformation violente de la Justice et dispersa le parlement de Paris, Voltaire se trouva en contradiction avec l'opinion publique. Celle-ci , jugeant la mesure au point de vue politique, la condamnait; Voltaire approuvait cette agression contre une corporation juridique usée, ennemie du progrès, et le résultat, après

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