PÉRIODES DE LA VIE DE VOLTAIRE
jour plein de tempêtes. lît comme un fleuve porte avec lui, jusqu'au terme de sa course, les éléments constitutifs de la montagne et de la vallée qu'il lave sur son chemin , ainsi l'on peut reconnaître durant toute l'existence de Voltaire les impressions reçues par lui dans les diverses périodes de son inconstante carrière, surtout celle de sa jeunesse.
Son existence ne suit pas seulement les divisions politiques de ces règnes, mais par elle-même elle se divise également en quatre périodes. La première est celle de la jeunesse, pendant laquelle se dessinent sondaient, sa nature et sa destinée ; elle prend fin en 1726, à l'âge de trente-deux ans, par une catastrophe qui le mène en Angleterre. Le séjour dans ce pays, qui dure près de trois années, et qui commence la seconde, est de la plus grande importance; car Voltaire y enrichit son esprit des puissants matériaux de la culture anglaise, matériaux qu'après son retour dans sa patrie, il s'efforça de mettre en œuvre sous les formes les plus diverses et avec un succès toujours croissant. Le caractère de ce qui suit dans cette page de sa vie, est déterminé surtout par son union avec sa spirituelle amie, madame du Châtelet, et par la savante retraite au château de Cirey; comme aussi c'est la mort de la marquise, en 1749, qui pose à cette période un terme inattendu. C'est seulement alors qu'il se rend, à l'âge de cinquantecinq ans, à l'invitation maintes fois renouvelée, depuis dix années, par son admirateur couronné, Frédéric de Prusse; et le séjour à Berlin et à Potsdam ouvre une troisième période, qui, après un brillant début, forme daijs la vie de Voltaire l'époque la plus agitée et la plus désagréable. Toute de transition, elle fut heureusement aussi la plus
courte. Repoussé d'Allemagne, accueilli par les gouvernants français plus froidement qu'il ne l'aurait désiré, il finit par se fixer, après bien des pérégrinations, d'abord dans la Suisse française, puis à la frontière de sa patrie. De l'acquisition de Ferney (1758), où il s'établit définitivement en 1760, date une période de vingt ans, la dernière, qu'à tous égards, qu'il s'agisse de la situation de l'homme, du nombre et de la valeur de ses œuvres, de l'étendue de son action et de la splendeur de sa gloire, nous devons considérer comme la plus importante et la plus belle de cette longue et féconde existence.
En raison du caractère littéraire de son époque et aussi de sa propre activité, les sources à consulter pour la vie de Voltaire sont presque surabondantes. En dehors de ses œuvres, qui chez un écrivain sont aussi des actes et des documents, et entre tous chez Voltaire, à côté de nombreux traits semés çà et là, se trouve encore une autobiographie, et en dehors des milliers de ses lettres, cet homme remarquable, on le conçoit facilement, joue encore un grand rôle dans les correspondances et les mémoires de ses contemporains et de ses compagnons. Ajoutons à cela que trois de ceux qui se succédèrent comme secrétaires de Voltaire se sont trouvés disposés à consigner dans des notes détaillées ce qu'ils avaient observé pendant les années qu'ils avaient passées auprès de lui. Et ces notes s'étendent justement sur les chapitres de sa vie les plus féconds et les plus remplis, en même temps les plus précieux pour l'histoire ; elles sont en outre incontestablement dignes de foi, bien qu'inégales en valeur littéraire, et malgré des difierences dans l'esprit et la moralité de leurs auteurs. Le premier de ces secré-