SOURCES POUR UNE VIE DE VOLTAIRE
taires, Longchamp, passa en 1745 du service de la marquise du Châtelet dans celui de Voltaire, en qualité de valet de chambre. Grâce à sa belle écriture il devint bientôt secrétaire, et son habileté en fit une sorte de majordome. Il écrivit ses mémoires à un âge avancé, quand depuis longtemps il n'était plus au service de Voltaire ; d'où des erreurs de mémoire, à quoi il faut ajouter quelques transpositions dues à la vanité, et toutes sortes de subterfuges pour dissimuler les soustractions de manuscrits, cause de son renvoi. Mais l'auteur avait les yeux ouverts à l'observation, et même dans la rédaction étrangère que pour nous revêtent ces notes, on sent encore la justesse de mainte tournure et de mainte expression originale. Le second secrétaire, le Florentin Collini, se montre tout d'abord comme plus distingué. Entré au service de Voltaire à Berlin, il nous a légué sur la rupture de ce dernier avec Frédéric, son arrestation à Francfort, sur ses voyages jusqu'à son établissement au bord du lac Je Genève, de précieuses révélations, qui, cependant, par suite des préventions de l'auteur pour son héros, sont parfois partiales en ce qui regarde les rapports avec Frédéric, et ont besoin d'être contrôlées au moyen des sources immédiates, lettres ou actes originaux. C'est d'ailleurs un excellent témoignage en faveur de Voltaire, que ses trois secrétaires, ayant eu tant d'occasions de le voir de près et d'observer ses faiblesse s personnelles, outre une admiration naturelle pour son génie, s'accordent encore dans un profond attachement pour sa personne, sentiments portés au plus haut degré chez le dernier des trois, le Suisse Wagnière. Relevé par Voltaire d'une situation inférieure dès l'âge de quatorze ans.
il passa les vingt-quatre années qui précédèrent la mort de celui-ci dans un commerce incessant avec lui , et nous a laissé sur sa manière de vivre à Ferney et surtout sur son voyage à Paris des renseignements inestimables. A tout cela il faut encore ajouter une série, s'étendant depuis la mort de Voltaire jusqu'à nos jours, en partie de biographies complètes, en partie de monographies n'embrassant que certains chapitres de son existence. Cette série commence avec les ouvrages bien connus de Duvernet et de Condorcet, très-estimables pour leur temps, et va jusqu'au : Voltaire et la société française au dix-huitième siècle, de Gustave Desnoiresterres, une œuvre qui, dans ses trois volumes parus jusqu'ici, satisfait à toutes les exigences de notre époque par la découverte des sources, même les plus cachées, par la coordination complète, le groupement habile, la mise en œuvre intelligente de la matière historique.
Les documents pour une vie de Voltaire ne manquent donc pas ; mais peindre trait pour trait d'après eux cette vie dans toute sa fécondité, toute l'étendue de ses relations, toute la portée de son action, ce serait écrire l'histoire de la civilisation française, de la civilisation européenne pendant le siècle qui nous a précédés ; il faudrait pour cela de tout autres moyens et plus de courage que le conférencier n'en dispose pour cette fois. Mais cet homme merveilleux lui a jeté un charme; il ne peut le quitter sans faire une largesse à sa mémoire. On va pouvoir juger comment il s'est tiré d'affaire. Par bonheur, une circonstance toute spéciale vient à mon secours. Je dois communiquer mes vues sur Voltaire à un public d'élite, qu'il ne convient pas d'écraser sous cette masse de matériaux dont le cher-