LE GRAND ARCHITECTE
tique profonde. Ou les astres sont de grands géomètres, ou c'est réternel géomètre, comme Platon appelle si excelr lement Dieu, qui a réglé leur course. Les corps animés sont formés de leviers qui obéissent aux lois de la mécanique, d'humeurs qui circulent selon les règles de l'hydrostatique ; les êtres vivants ne se sont pas donnés eux-mêmes cette constitution, dont une petite partie seulement a l'idée; il y a donc un artisan éternel. Il est impossible que les êtres intelligents soient sortis de l'aveugle, de l'inintelligent ; l'intelligence d'un Newton vient d'une autre intelligence. Nous voyons, par un dialogue du Dictioymaire philosophique, entre la nature et un philosophe, jusqu'où va, pour Voltaire, cette observation téléologique du monde. Le philosophe demande à la nature comment, étant si brute dans ses montagnes et dans ses mers, elle parait pourtant si industrieuse dans ses animaux, dans ses végétaux. « Mon pauvre enfant, lui répond-elle, veux-tu que je te dise la vérité? c'est qu'on m'a donné un nom qui ne me convient pas ; on m'appelle nature et je suis tout art. » Voltaire revient dans plusieurs écrits sur cette pensée et se félicite de lui avoir trouvé cette expression saisissante. Elle a , en effet , le mérite de faire toucher de la main le cercle où se meut toute cette argumentation, de montrer comment elle détruit elle-même ces preuves qu'elle s'efforce dejnettre au jour. La nature s'est-elle créée d'elle-même ou a-t-elle été créée? telle est la question. Elle a été créée, puisqu'elle est art^ telle est la réponse; mais la réelle valeur de cette réponse n'est pas autre que celle-ci : elle a été créée, parce que je me la figure créée. Car avec l'œuvre d'art est forcé supposer l'artiste ; (Concevoir la nature