‹ Voltaire: six conférencesChapitre 171 sur 257 · DUALISME DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

DUALISME DE VOLTAIRE

comme art, c'est avoir décidé la question. On le voit, le fondement du théisme de Voltaire est son dualisme, la séparation de la force et de la matière. On le conçoit, si celle-ci est morte, n'ayant par elle-même nulle force et nulle vie, elle a besoin d'un être qui, placé en dehors d'elle-même , lui apporte le mouvement , Tordre et la fin; si elle ne porte pas en elle le principe de la forme, il faut nécessairement que cette dernière lui vienne du dehors. Mais d'où donc sait-on qu'elle ne le porte pas en effet? Nous apparaît-elle réellement sans forme en un point quelconque? Nulle part elle n'apparaît ainsi; c'est notre seule pensée, notre préjugé qui lui enlève la vie pour la lui rendre par l'intermédiaire d'un Dieu.

Ce dualisme une fois admis, Voltaire sait lui donner l'expression la plus philosophique. Il ne se montre pas éloigné d'admettre une matière éternelle, mais en même temps que celle-ci, l'action divine sur elle, la création, sont pour lui également éternelles. Comme les rayons du soleil sont aussi vieux que le soleil lui-même, l'éternel architecte a dû éternellement bâtir. La nature de Dieu est d'agir; donc il a toujours agi , donc le monde est une émanation éternelle de sa personne , et quiconque reconnaît Dieu comme éternel, doit reconnaître le monde comme également éternel. Et puisqu'il a toujours agi, il a produit toute l'action qu'il était en lui de produire. Dire qu'il aurait pu créer encore autre chose, c'est supposer une cause sans effet. La pensée que Dieu a choisi ce monde parmi tous les mondes possibles se comprendrait si elle exprimait qu'il a choisi parmi les mondes qui étaient impossibles; mais il, n'a nullement choisi. Voltaire n'accepte pas l'objection

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