VOLTAIRE ET SPINOSA
qu'alors Dieu ne serait pas libre. Être libre, c'est pouvoir, dit-il. Dieu a pu faire et il a fait. Je ne connais pas d'autre liberté. Remarquez combien là il se tient près de Spinosa. Dieu est pour lui « l'Être suprême , éternel , intelligent, d'où découlent en tout temps tous les êtres et toutes les manières d'être dans l'étendue ; » ou, quand Malebranche prétend que nous voyons tout en Dieu , Voltaire dirait plutôt que Dien voit et fait tout en nous. Mais, proteste-t-il, des émanations ne sont pas des portions. Chez Spinosa, Dieu est l'ensemble de toutes choses; chez lui, au contraire, l'ensemble de toutes choses découle de Dieu. Et la notion de finalité le sépare catégoriquement de Spinosa, qui ne l'admet pas dans ses idées sur la nature , tandis que Voltaire en fait la base de sa conception du monde. Partout où apparaît une tentative pour expliquer la nature sans une finalité apportée en elle de l'extérieur, pour montrer en elle une puissance de vie et de développement, nous le voyons la combattre avec décision, avec passion même. Longtemps déjà avant le Système de la nature. Voltaire s'était élevé contre l'Anglais Needham cherchant à prouver la génération spontanée, contre le Français de Maillet montrant dans les espèces animales une métamorphose évolutionnaire , et en les combattant avec autant d'inexorables railleries que chez nous Reimarus les combattait avec son sérieux infatigable. Tous deux sentaient tout ce qui était en jeu. Etrange! Tandis que Goethe n'aurait pas eu de plus grande joie que d'assister au développement de la théorie de Darwin, Voltaire se sentait déjà inquiété par les premiers précurseurs encore quelque peu fantastiques de Lamarck et de Darwin.