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VOLTAIRE ET LA THÉODICÉE

II y a donc, d'après Voltaire, une intelligence créatrice, existant de toute éternité; car autrement quelque chose serait venu de rien, et cette intelligence est dans tout ce qui est. Mais est-elle aussi dans tout ce qui n'est pas ? ou n'y aurait-il nul néant en dehors du monde, c'est-à-dire le monde est-il infini ? Newton, répond Voltaire , a prouvé le vide dans l'espace; mais si le vide existe dans le monde, pourquoi n'existerait-il pas en dehors de lui? L'infini de l'étendue est aussi inconcevable que l'infini du nombre , on peut toujours y ajouter quelque chose. De là résulte l'inconséquence étonnante, que Voltaire regarde bien le monde comme infini dans le temps, mais comme fini dans l'espace. Mais si le monde n'est pas infini, où prenons-nous le droit de regarder comme infini Dieu, dont nous ne connaissons l'existence et les propriétés que par le monde? Tout être est limité par les conditions de sa nature, et l'Etre suprême ne fait pas exception. C'est la puissance la plus haute, mais ce n'est pas une puissance sans limites. Elle n'a pu créer le monde que dans les conditions où il existe. La théodicéede Voltaire est tout entière dans ces propositions. Il a, comme nous l'avons vu par ses romans et son poëme sur Lisbonne, un très- vif sentiment du mal dans le monde. « Ceux, dit-il, qui ont crié : tout est bien, sont des charlatans. » Le mal existe, et il est absurde de le nier. La terre n'est qu'un vaste champ de carnage et de destruction. L'homme en particulier est un être très-misérable, « qui a quelques heures de relâche, quelques minutes de satisfaction et une longue suite de jours de douleur dans sa courte vie ». Voltaire tient pour inébranlable le mot d'Epicure : ou Dieu a voulu empêcher le mal et ne l'a pas pu, ou

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