SCEPTICISME DE VOLTAIRE
il Ta pu et ne Ta pas voulu ; il se décide pour la première hypothèse. Le seul moyen, pense-t-il, d'excuser Dieu à l'égard du mal, c'est d'avouer qu'il ne fut pas assez puissant pour le vaincre : « J'aime mieux, dit- il, adorer un dieu fini qu'un dieu méchant ; je demeurerai toujours un peu embarrassé sur l'origine du mal, mais je supposerai que le bon Oromase, qui a tout fait, n'a pu faire mieux. » Quelquefois Voltaire est assez hardi pour affirmer que Dieu a pu créer le monde sans le mal, aussi peu qu'il a pu faire que les trois côtés d'un triangle n'égalent pas deux droits. En effet, comment aurait-il rendu indissoluble un corps composé, comme celui de l'homme et de l'animal, et comment aurait-il pu faire que la dissolution soit sans douleur? Et en ce qui touche le mal moral, comment aurait-il fait de l'homme un être capable de durer, vivant et agissant, sans lui donner l'amour de lui-même, qui nécessairement l'égaré parfois, et des passions, qui l'entraînent à la lutte, à la guerre sanglante? Néanmoins Voltaire n'était pas entièrement tranquille sur ces bornes imposées à la divinité. Il lui apparaît clairement qu'une intelligence agit dans la nature, et par les imperfections et les maux qui sont dans cette même nature, il lui apparaît que cette intelligence est bornée ; mais la sienne propre est si étonnamment bornée, qu'elle craint toujours de ne pas savoir ce qu'elle dit. Et dans un de ses dialogues philosophiques, il met cette réponse dans la bouche du représentant de ses idées, à qui l'on demande s'il est bien sûr de son système : « Moi ! je ne suis sur de rien ; je crois qu'il y a un être intelligent, une puissance formatrice, un Dieu. Je tâtonne dans l'obscurité sur tout le reste. J'affirme une idée aujourd'hui, j'en