‹ Voltaire: six conférencesChapitre 175 sur 257 · LE DIEU RÉMUNÉRATEUR · texte numérisé non relu

LE DIEU RÉMUNÉRATEUR

doute demain, après-demain je la nie; et je puis me tromper tous les jours. Tous les philosophes de bonne foi que j'ai vus m'ont avoué, quand ils étaient un peu en pointe de vin, que le grand Être ne leur a p^ donné une portion d'évidence plus forte que la mienne. »

Cette conclusion, tirée de l'existence et de la constitution du monde, et dont Voltaire s'est montré jusqu'ici persuadé, qu'il doit y avoir un être d'une puissance et d'une sagesse supérieures, créateur de ce monde, cette conclusion n'implique en nulle façon que ce créateur et ce soutien du monde soit aussi son gouverneur, qu'il soit pour les hommes le dispensateur des récompenses et des peines, selon leur conduite morale. Et cependant c'est le point principal. Puisqu'il faudrait inventer Dieu s'il n'existait point , ce doit être le Dieu rémunérateur qui est si indispensable. Il s'agit beaucoup moins d'une question métaphysique que d'une question pratique. Est-il plus avantageux pour le bien général de nous autres êtres pensants et misérables, d'admettre un Dieu qui récompense et qui punit, qui nous maintient et nous console, ou nous faut-il rejeter cette idée et nous abandonner à notre misère sans consolation et sans frein pour nos vices? « Toute la nature, écrit Voltaire dans le Fragment des instructions pour le prince royal de ***, toute la nature vous a démontré l'existence du Dieu suprême; c'est à votre cœur à sentir l'existence du Dieu juste. Comment pourriez -vous être juste, si Dieu ne l'était pas? et comment pourrait-il l'être s'il ne savait ni punir ni récompenser? » Dans les axiomes qui se trouvent à la fin du traité : Dieu et les hommes, jious lisons : « Nulle société ne peut subsister sans justice;

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