‹ Voltaire: six conférencesChapitre 180 sur 257 · UN PEU DE RHÉTORIQUE · texte numérisé non relu

UN PEU DE RHÉTORIQUE

« par la paix du cœur, par rapplaudissement des peuples, « Tamitié des gens de bien. » C'est l'opinion de Cicéron, c'est celle de Caton, de Marc-Aurèle, d'Epictète; c'est la mienne. Ce n'est pas que ces hommes prétendent que la vertu rende parfaitement heureux. Cicéron avoue qu'un tel bonheur ne saurait être toujours pur, parce que rien ne peut l'être sur la terre. Mais remercions le maître de la nature humaine d'avoir mis à côté de la vertu la mesure de félicité dont cette nature est susceptible. »

C'est réellement très-beau ; mais, encore une fois, presque trop beau pour Voltaire. Il s'est quelque peu couvert du manteau des stoïciens, comme auparavant du manteau du prédicateur. Son opinion était bien à peu près celle-là, mais non pas tout à fait son humeur. Nous trouverons plutôt cette dernière en fouillant une communication intime qui appartient justement à cette dernière période de sa vie, comme le petit traité métaphysique écrit pour la marquise du Chàtelet appartenait à la précédente. En 1772, décrivit à une vieille aveugle, à demi seulement son amie, mais femme d'un très-grand esprit, à madame du Deffand : € J'ai connu un homme qui était fortement persuadé qu'après la mort d'une abeille son bourdonnement ne subsistait plus. Il croyait, avec Epicure et Lucrèce, que rien n'était plus ridicule que de supposer un être inétendu, gouvernant un être étendu, et le gouvernant très-mal. Il ajoutait qu'il était très -impertinent de joindre le mortel à l'immortel. Il disait que nos sensations sont aussi difficiles à concevoir que nos pensées , qu'il n'est pas plus difficile à la nature, ou à l'auteur de la nature, de donner des idées à un animal à deux pieds, appelé homme, que

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