‹ Voltaire: six conférencesChapitre 181 sur 257 · SA CONVICTION REELLE · texte numérisé non relu

SA CONVICTION REELLE

du sentiment à un ver de terre. Il disait que la nature a tellement arrangé les choses, que nous pensons par la tête comme nous marchons par les pieds. Il nous comparait à un instrument de musique, qui ne rend plus de son quand il est brisé. Il prétendait qu'il est de la dernière évidence que rhomme est comme tous les animaux et tous les végétaux, et peut-être comme toutes les autres choses de l'univers, fait pour être et pour n'être plus. Son opinion était que cette idée console de tous les chagrins de la vie, parce que tous ces prétendus chagrins ont été inévitables ; aussi cet homme, parvenu à l'âge de Démocrite, riait de tout comme lui. » Voilà le Voltaire vrai, sans fard, avec le mélange de pessimisme, de scepticisme et d'ironie, qui forme le caractère propre de son esprit et de ses sentiments.

Tandis qu'en ce qui touche l'immortalité Voltaire reste attaché pour lui-même pendant toute sa vie à son idée première, et ne se plie parfois à l'opinion commune que pour l'apparence, nous voyons au contraire, en ce qui touche la liberté du vouloir humain, ses convictions subu* une entière transformation parle cours des années. Il commence indéterministe et finit déterministe décidé. J'ai déjà dit comment, dans la correspondance avec le prince Frédéric, où cette question est longuement traitée. Voltaire se fait l'avocat de la liberté humaine. Il conserve ce rôle dans le Traité de métaphysique^ écrit à la même époque. La liberté, dit-il ici, est le pouvoir d'agir, de se mouvoir par son choix. Ce pouvoir, les pierres ne l'ont pas, mais seulement les animaux et les hommes. Vouloir et agir sans être contraint à vouloir, cela s'appelle être libre. Telle est la liberté de Dieu, telle est celle de l'homme. Mais « la li-

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