‹ Voltaire: six conférencesChapitre 187 sur 257 · ÉPITRE A URANIE · texte numérisé non relu

ÉPITRE A URANIE

On me montre un tyran que nous devons haïr.

11 créa des humains, à lui-même semblables,

Afin de les mieux avilir;

11 nous donna des cœurs coupables.

Pour avoir droit de nous punir...

Il venait de créer un homme à son image.

On l'en voit soudain repentir, Comme si l'ouvrier n'avait pas dû sentir

Les défauts de son propre ouvrage.

Aveugle en ses bienfaits, aveugle en son courroux, A peine il nous fit naître, il va nous perdn3 tous. Il ordonne à la mer de submerger le monde, . Ce monde qu'en six jours il forma du néant. Peut-être qu'on verra sa sagesse profonde Faire un autre univers, plus pur, plus innocent :

Non ; il tire de la poussière

Une race d'affreux brigands, D'esclaves sans honneur et de cruels tyrans.

Plus méchante que la première.

Que fera-t-il enfin, quels foudres dévorants Vont sur ces malheureux lancer ses mains sévères? Va-t-il dans le chaos plonger les éléments?

Ecoutez: ô prodige! ô tendresse! ô mystère!

Il venait de noyer les pères,

11 va mourir pour les enfants.

Il est un peuple obscur, imbécile, volage.

Amateur insensé des superstitions.

Vaincu par ses voisins, rampant dans l'esclavage. Et l'éternel mépris des autres nations ; Le fils de Dieu, Dieu même, oubliant sa puissance. Se fait concitoyen de ce peuple odieux ; Dans les flancs d'une Juive il vient prendre naissance; Il rampe sous sa mère, il souffre sous ses yeux

Les infirmités de Tenfance.

Longtemps vil ouvrier, le rabot à la main.

Ses beaux jours sont perdus dans ce lâche exercice; Il prêche enfin trois ans le peuple iduméen.

Et périt du dernier supplice.

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