MORT DE JÉSUS
pesé, nous n'avons aucun document digne de foi qui nous montre que Jésus méritait le supplice dont il mourut. Au contraire, plus nous considérons sa conduite, plus nous sommes persuadés qu'il fut enthousiaste de bonne foi et un bon homme qui avait la faiblesse de vouloir faire parler de lui, et qui n'aimait pas les prêtres de son temps. Voltaire portait d'autant plus volontiers ce jugement sur le prophète galiléen, qu'il le regardait comme un précurseur et un compagnon de lutte, pour lequel il avait la même compassion que pour toutes les victimes du pouvoir sacerdotal. C'était d'ailleurs le seul côté par lequel Voltaire se sentait rapproché de Jésus ; tout le reste lui paraissait trop entaché d'enthousiasme et sorti d'imaginations trop basses pour lui inspirer aucune sympathie.
Mais pourquoi le plaindre? est l'objection que se laisse poser Voltaire. N'a-t-il pas fondé une religion qui, pendant les siècles de sa puissance, a fait couler plus de sang que les guerres les plus cruelles n'en ont jamais répandu? Non, répond Voltaire, j'ose prétendre, et cela avec les hommes les plus instruits et les plus sages, que Jésus n'a jamais pensé à fonder une nouvelle religion. Le christianisme, tel qu'il a été dès le temps de Constantin, est plus éloigné de i Jésus que de Zoroastre ou de Brama. Jésus est devenu le prétexte de nos doctrines fantasques, de nos persécutions religieuses; mais il n'en a pas été l'auteur. Je me flatte de démontrer que Jésus n'était pas chrétien, qu'au contraire il aurait condamné avec horreur notre christianisme tel que Rome Ta fait. Il n'y a pas un passage des Évangiles ou des Actes des Apôtres où il soit dit que lui ou ses disciples aient renoncé à la religion dans laquelle ils naqui-