JÉSUS ET LE CHRISTIANISME
rent, pas un seul d'où Ton puisse inférer qu'il voulût établir un culte nouveau sur les ruines du judaïsme. Il est très-certain que les premiers disciples de Jésus n'étaient autre chose qu'une secte particulière de Juifs, comme les wicléflstes parmi les chrétiens. Jésus lui-même est regardé dans le commencement comme un Juif pieux, comme un prophète à qui Dieu s'est communiqué , mais qui n'a jamais cessé d'être un homme ; ce qui, à la vérité, arriva bientôt. Si les premiers chrétiens n'avaient enseigné de leur Jésus que ce que les premiers évangiles en disent, ils n'auraient pas, d'après Voltaire, fait beaucoup de prosélytes; mais ils s'enveloppèrent dans la doctrine platonicienne, et les demi-penseurs les tinrent pour philosophes. Voltaire a une notion très-claire de l'influence de la philosophie d'Alexandrie sur le christianisme, de l'origine exotique du quatrième évangile, qu'il regardait en outre, ce qui était totalement superflu , comme falsifié. Il dit une fois nettement que le platonisme est le père du christianisme, dont la religion juive est la mère.
Avant qu'on fût arrivé à ces hauteurs il a fallu traverser toute une série d'erreurs et d'inventions. Au début, les disciples de Jésus, trop faibles pour se venger, déchargèrent leur colère produite par l'exécution de leur maître en criant qu'il avait été injustement crucifié. Puis ils s'enhardirent et prétendirent que Dieu l'avait ressuscité. C'était là, il est vrai, une jonglerie bien grossière; mais les hommes à qui . l'on eut d'abord affaire étaient également grossiers et, en tant que Juifs, habitués à croire les choses les plus absurdes. Dès lors on commença à établir sa légende avec accompagnement de miracles dans plus de cinquante évan-
l'église chrétienne fondée sur l'imposture. 233
giles, dont pas un ne concordait avec les autres, et dont on finit par choisir et conserver les quatre plus incroyables. On forgea de faux Actes de Pilate, de faux voyages de Pierre; on inventa une correspondance entre Jésus et Abgarus, entre Senèque et Paul ; on fit prédire en acrostiches le sauveur juif aux sibylles; bref, les quatre premiers siècles du christianisme forment une suite ininterrompue de falsifications et de fraudes pieuses. Voltaire, comme ses prédécesseurs et ses successeurs, a sans cesse poursuivi un personnage principal du début même de cette religion, l'apôtre Paul. Son ambition, son humeur difficile, l'obscurité et le désordre de ses lettres sont tantôt blâmés, tantôt bafoués, et il a encore à supporter les inconséquences dont le chargent les Actes des Apôtres ^ qui, pour Voltaire comm^ pour Reimarus, possèdent le caractère historique. Il est à remarquer, pour l'intelligence des vues de Voltaire sur l'histoire, qu'il regardait comme une légende absurde la conversion de Paul, telle que la racontent les Actes des Apôtres , tandis qu'il trouvait trèsvraisemblable ce que rapportent les Juifs, que ce Paul ne se jeta dans le christianisme qu'après le refus de lui donner comme épouse une fille de Gamaliel.
• Dans tout le cours de l'histoire de l'Eglise chrétienne, Voltaire voit une suite d'aberrations de l'esprit humain. Les conciles avec leurs décisions pointilleuses lui paraissent ridicules; il déteste les évêques et les papes avec leurs fraudes et leurs prétentions; le monachisme lui est antipathique et il regarde comme des abominations les persécutions religieuses de toute espèce que le christianisme traîna après lui. Nulle religion n'est comparable sous ce