LUTHER ET CALVIN
dulgences, est sorti d'après lui un siècle de discorde, de fureur guerrière et de misère chez trente nations de la terre. Dans ce grand conflit de ce temps l'homme de Voltaire n'est ni Luther, ni Zwingle, mais Léon X. Il était pape, à la vérité ; mais c'était aussi un esprit cultivé, un Médicis amant de la littérature et des arts. Le luxe de sa brillante cour pouvait scandaliser, mais on devait aussi considérer que cette cour adoucissait les mœurs de l'Europe et rendait les hommes plus sociables. La conduite du clergé donnait certes lieu à bien des griefs ; mais ce n'était pas une raison suffisante pour entreprendre tant de guerres sanglantes. Il trouve réellement honteux le trafic des indulgences ; malgré tout, il donne raison à ceux qui prétendent qu'il ne faut pas jeter à bas l'édifice, mais l'améliorer. Voltaire a d'ailleurs beaucoup de ressemblance avec Érasme ; dans leur jugement du protestantisme ils se rencontrent parfois mot pour mot. Voltaire est froissé par la langue rustique de Luther , par la grossièreté avec laquelle il combat ses adversaires et parmi eux des tètes couronnées ; il faut ici se rappeler ses critiques de Shakespeare; chez l'un comme chez l'autre, le geriûain primitif est antipathique au Français. Calvin s'était tout à fait perdu dans l'esprit de Voltaire par l'exécution de Servet; mais d'autres raisons y contribuèrent encore. Voltaire dit que ces novateurs ne se sont pas fait aimer des hommes en allégeant le joug qui pesait sur eux ; mais qu'au contraire ils étaient de mœurs dures et que leurs discours étaient pleins de fiel. S'ils abolirent le célibat des prêtres, s'ils ouvrirent les portes des couvents, ce ne fut que pour changer la société humaine tout entière en un vaste couvent. Le jeu,