‹ Voltaire: six conférencesChapitre 208 sur 257 · MARIE CORNEILLE A FERNEY · texte numérisé non relu

MARIE CORNEILLE A FERNEY

enfant, qui eut bientôt conquis le cœur du vieillard. Il se chargea lui-même de Tinstruction dont elle avait grand besoin, et il y trouvait plaisir. En décembre 1760, peu de temps après l'arrivée de celle-là,' il écrivait à M^^ du Deffand : « Pour moi, qui touche à ce bel âge de la maturité, je me trouve très-bien d'avoir à gouverner les dix-sept ans de mademoiselle Corneille. Elle est gaie, vive et douce, Tesprit tout naturel. Je lui apprends l'orthographe, mais je n'en ferai point une savante ; je veux qu'elle apprenne à vivre dans le monde et à y être heureuse. » Et avant la fin de cette même année, au comte d'Argeiital : « La petite Corneille contribue beaucoup à la douceur de notre vie : elle plaît à tout le monde; elle se forme, non pas d'un jour à l'autre, mais d'un moment à l'autre. » Comment ne l'eùt-elle pas fait avec îin pareil précepteur! « J'ai de terribles affaires sur les bras, écril-il une autre fois au comte, et ma besogne la plus difficile est d'enseigner la grammaire à mademoiselle Corneille, qui n'a aucune disposition pour cette sublime science. » Une autre fois la comtesse lui avait écrit, à la place de son mari ; alors il montre ce charmant billet à son élève : « Tenez, petite flUe, voilà comme les dames écrivent à Paris. Voyez que cela est droit; et ce style, qu'en dites- vous? quand écrirez-vous de même, descendante de Corneille? » Et en rapportant ces paroles à la comtesse, il ajoute : « Cela donne de l'émulation ; elle va vite m'écrire un petit billet dans sa chambre; c'est, je vous l'assure, une plaisante éducation. »

Et quand le père nourricier découvrit qu'il pourrait faire paraître sa fille adoptive sur son théâtre ! 11 allait avec elle pas à pas ; il ne lui mit en maih que petit à petit. les pièces

Page 1