VOLTAIRE AU COLLEGE DES JÉSUITES
fesseurs Porée et Tourneraine, d'affectueuses relations. L'établissement n'était pas mauvais, sans être non plus meilleur que ces collèges de Jésuites ne Tétaient d'ordinaire. Les déclarations de Voltaire à ce sujet ont varié selon les circonstances ou ses propres intentions. Parfois il prodigue la louange et la reconnaissance : c'est qu'alors il veut se gagner les Jésuites ; mais il nous faut chercher son opinion vraie à des endroits où il parle sans arrière-pensée. Dans son Dictionnaire philosophique, œuvre de ses dernières années, à l'article Éducation, il établit un dialogue entre un conseiller et un jésuite. Celui-ci vante l'éducation que l'autre a reçue chez eux, lequel répond que ce fut une plaisante éducation. Lorsqu'il entra dans le monde, il avait bien connaissance d'Horace et du Pédagogue chrétien, mais ne savait ni si François 1»^ avait été fait prisonnier à Pavie, ni où est Pavie ; le pays même où il était né était ignoré de lui ; il ne connaissait ni les lois principales ni les institutions de sa patrie; pas un mot de mathématiques, pas un mot de saine philosophie ; il savait € du latin et des sottises ». Cependant les exercices de rhétorique et de poésie du collège répondaient justement aux facultés de cet élève , et les représentations dramatiques , qui florissaient dans tous ces établissements, servirent de premier aliment à son inclination pour le théâtre. Puis le père Porée, non sans que les autres pères aient maintes fois hoché la tète, avait introduit dans le collège les vers français à côté des vers latins. On demandait aux élèves des improvisations en vers ; l'une d'elles, pour rentrer en possession d'une tabatière confisquée, fut une des première^ productions du jeune poëte,