AMIS DE JEUNESSE
Celui-ci, malgré toutes sortes de méchants tours, était un élève distingué, qui remportait des prix nombreux. Il s'attachait volontiers à ses professeurs, qu'il fatiguait parfois de ses intarissables questions. Là se nouèrent aussi avec certains de ses condisciples de ces amitiés de jeunesse qui, chez loii comme chez tous les hommes excellents, ne finirent qu'avec la vie. ''Quelques-unes de ces liaisons, par exemple celle avec les deux frères d'Argenson, lui furent très-profitables dans l'avenir, en raison du haut rang qu'ils occupaient ; mais il conserva aussi longtemps que possible, comme une source de cordial rafraîchissement, celles qui étaient nées entre lui et ceux qui ne pouvaient en rien lui servir, par suite de la modestie de leur condition. Ainsi d Cideville et de Formont. Le besoin d'épanchement amical, soit dans un commerce immédiat, soit par lettres, la fidélité à ses amis, le zèle ardent pour les servir, l'indulgente condescendance pour leurs défauts, sont des traits de la nature de Voltaire qui ont maintes fois été méconnus, parce qu'ils ne furent en effet que trop souvent voilés par des actes d'un ordre tout opposé.
Le renom poétique de l'enfant franchit pour la première fois les murs du collège dans les circonstances suivantes. Un invalide nécessiteux demanda un jour au principal de l'établissement un placet en vers pour le Dauphin, dans le régiment duquel il avait servi. Le principal, occupé, l'envoya au jeune rimeur, et celui-ci lui fit quelques vers, qui valurent à l'invalide une jolie aumône, et au jeune poëte, pendant quelques jours, l'attention de la ville et de la cour. C'est aussi à cette époque, racontait plus tard
Voltaire, que son parrain, Fabbé, Tavait présenté à sa