LES VISITEURS DE FERNEY
OU de mes lecteurs veuille m'en blâmer. Et moins encore les mânes du vieillard de Ferney pourront-ils en être mécontents. Il ne s'est jamais montré plus aimable, plus affectueux que dans cet épisode, et le monde ne sait pas ou ne veut pas savoir que lui aussi pouvait être affectueux. Certes il ne le fut pas toujours, il ne fut que trop souvent le contraire ; mais celui qui, même dans un seul cas, se montra si constamment aimable, celui-là, nous ne pouvons pas nous empêcher tout à fait de l'aimer.
Comme il résulte du récit précédent, la vie était trèsactive dans cette retraite de Ferney. La gleire de Voltaire et la grâce avec laquelle il recelait et hébergeait ceux qui lui faisaient visite, y attiraient les hôtes en foule, comme auparavant aux Délices. Comme d'habitude, la plupart étaient indifférents, d'autres à charge ; mais il y en avait aussi qui étaient les bienvenus. Aces derniers appartenaient les acteurs et les actrices, dont il a déjà été question ; mais avant tout les amis et les admirateurs parisiens, qui vinrent là ou aux Délices : d'Alembert, Damilaville, Grimm, Marmontel, Morellet, etc. ; puis des femmes spirituelles ou aimables, comme la marquise d'Épinay, la seconde nièce de Voltaire; madame de Fontaine, plus tard de Florian; madame de Saint- Julien, que nous retrouverons au lit de mort de Voltaire, lui donnant ses soins. Mais de hauts seigneurs se rappelaient également au souvenir de Ferney, soit par des visites, soit par des lettres ou des dons. Parmi les premiers, entre autres, le prince Ferdinand de Brunswick, à qui Voltaire a'^dressé différents écrits. Le prince du trône Gustave de Suède, fils de cette sœur de Frédéric le Grand pour laquelle il avait composé le fameux madri-