‹ Voltaire: six conférencesChapitre 214 sur 257 · RESSENTIMENT DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

RESSENTIMENT DE VOLTAIRE

c'était d'abord une lettre dti roi, où celui-ci lui aurait marqué ses regrets de l'affaire de Francfort, et que Voltaire n'eût pas tardé alors à rendre publique. Mais Frédéric ne lui donna cette réparation d'honneur ni alors ni plus tard. Déclinant d'ailleurs toute responsabilité de la maladresse de ses agents, il étail et resta persuadé qu'il avait eu pleinement droit de prendre ces mesures, et que Voltaire n'avait eu que ce qu'il méritait. Au surplus, il s'était, comme il nous l'avoue, totalement refusé alors aux tentatives de rapprochement de la part de Voltaire.

Il est remarquable que ce fut seulement la gravité de la guerre qui poussa Frédéric à renouer les rapports interrompus. Comme bn sait, la journée malheureuse de KoUin avait fait naître en lui des pensées de suicide, qu'il mit au jour dans la célèbre épître à son ami, le marquis d'Argens. Voltaire, qui posséda l'épitre avant que le roi la lui ait communiquée, chercha à le détourner de ses noires idées. On voudrait croire à un sentiment d'humaine sympathie ; mais comment le peut-on quand on lit dans une lettre à d'Argental, qu'il a joui de la vengeance de consoler un roi qui l'avait maltraité, et qu'il n'a tenu qu'à M. de Soubise qu'il n'ait eu à le consoler davantage? Ce général incapable avait en eilfet perdu la bataille de Rosbach, où Frédéric avait relevé si brillamment la fortune de ses armes. Celui-ci était redevenu plein de cordialité pour Voltaire; la preuve, c'est qu'il lui avait écrit du camp de Buttstadt une lettre mêlée de vers, comme jadis. Cela n'était pas arrivé depuis la fin des beaux jours de Potsdam. Mais Voltaire était resté irrité et se tenait sur la réserve. Il écrivait à d'Argental qu'il ne fallait pas s'imdiginer qu'il

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