LUC, LE SINGE
s'intéressât au roi de Prusse. Il en était en effet bien éloigné. Personne ne désirait davantage le succès des mesures prises contre lui. Ainsi en 1759 encore, après que les troupes françaises eurent occupé Francfort, sa soif de vengeance se réveilla et il tenta d'exciter CoUini à déposer une plainte en dédommagement contre Schmidt et Freytag; Plus d'une fois pendant ces années de fortume inconstante, il souhaita à Frédéric chance et succès, tandis qu'à d'autres il exprimait le désir de le voir humilié et puni. Quand dans ses lettres il désignait celui qu'il appelait jadis le Salomon du nord par le sobriquet de Luc — nom d'un singe qu'il avait aux Délices et qui mordait quand on le carressait — Luc, ce n'était pas le roi, mais lui-même. Il s'excusa d'avoir adressé directement au ministre Choiseul la facétie en vers sur les Français, le roi et sa maîtresse, que Frédéric avait composée après la bataille de Crevelt et qu'il lui avait communiquée, en alléguant que le paquet lui était arrivj3 ouvert, et qu'il aurait pu en résulter pour lui une grave responsabilité. Ce fut en tout cas un vilain manque de foi envers Frédéric, plus répréhensible encore que l'acte que s'était permis ce dernier en faisant connaître une lettre de Voltaire où était attaqué un homme influent. Depuis Kollin jusqu'à Rosbach — et comme souvent encore pendant cette guerre — la situation de Frédéric fut compromise; il ne pouvait résister à la formidable alliance de ses ennemis qu'en employant toutes ses forces disponibles avec une suprême énergie; ses pays marchaient à la ruine. Alors sa sœur Wilhelmine chercha à éloigner de la coalition, par des négociations diplomatiques, au moins la France, et demanda dans ce but l'aide de son vieil ami