‹ Voltaire: six conférencesChapitre 216 sur 257 · VOLTAIRE ET FREDERIC PENDANT LA GUERRE DE 7 ANS · texte numérisé non relu

VOLTAIRE ET FREDERIC PENDANT LA GUERRE DE 7 ANS

Voltaire. Celui-ei s'y prêta et fit parvenir les lettres de la margrave au cardinal de Tencin, qui s'était montré, quatre ans auparavant, aussi gracieux envers elle qu'il l'était peu envers Voltaire, et qui avait conservé quelque influence sur Louis XV, en souvenir du ministère qu'il avait occupé. Les négociations traînèrent en longueur; Frédéric, cette fois presque gaiement, écrivit à Voltaire que s'il réussissait à rendre la paix possible, il s'élèverait au-dessus de Virgile, qui avait fait d'aussi beaux vers que lui, mais n'avait jamais fondé aucune paix. Naturellement les choses prirent un tel cours que notre poëte ne put non plus la fonder. L'empêchement fut que Frédéric voulait aussi peu céder de son territoire qu'abandonner ses alliés, qu'il voulait ou périr ou se retirer de la lutte l'honneur sauf. Voltaire, au contraire, était pour la paix à tout prix; il avait toujours vu avec mécontentement Frédéric se lancer dans la carrière guerrière. Selon lui, ce dernier avait manqué une belle vocation : il était destiné à être le prince paisible de la civilisation, et au lieu de cela il se faisait le perturbateur de l'Europe. Dans ces déclamations. Voltaire ne s'élève pas, il reste dans le ton purement pédantesque. La guerre est certainement un grand mal, et il ne faut pas oublier, en faveur de Voltaire, qu'il avait devant lui dans un passé bien près encore des guerres entreprises pour la plupart par l'ambition et l'orgueil des princes. Ainsi notamment de Louis XIV, son idole. Mais l'invasion de Frédéric en Silésie, qui eut pour suite inévitable la guerre de sept ans, appartenait à un tout autre ordre d'idées. Frédéric y était poussé par le besoin d'extension de la jeune nationalité à la tête de laquelle il se trouvait placé, ou pour mieux dire, poussé par

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