‹ Voltaire: six conférencesChapitre 217 sur 257 · MORT DE LA MARGRAVE DE BAYREUTH · texte numérisé non relu

MORT DE LA MARGRAVE DE BAYREUTH

le besoin d'extension de la nation allemande, cherchant un centre de gravité plus stable que TAutriche, qui avait perdu le caractère allemand et était restée ennemie de rémancipation spirituelle.

La fidèle Wilhelmine mourut au cours de ces efforts pour amener la paix, le 14 octobre 1758, le jour de la surprise de Hochkirch, où l'armée de Frédéric fut presque anéantie. Ce fut un coup terrible pour le frère; cette sœur était pour lui ce qu'il avait de plus cher au monde, et bien que le ton aigri avec lequel elle parle dans ses Mémoires de son père et de sa mère froisse souvent nos sentiments, elle fut pour Frédéric tout ce qu'une sœur aimante peut être pour son frère, et elle mérita certainement le Temple à l'amitié, que celui-ci lui fit élever après la paix, dans un bosquet de Potsdam. Il voulut aussi pour elle un monument poétique qui fût l'œuvre de Voltaire, et ce dernier, qui avait luimême beaucoup apprécié la défunte, envoya avec sa première lettre une élégie de huit strophes. Mais cela était loin de satisfaire la douleur du royal afiligé. Apparemment, écrit-il à Voltaire , qu'il ne s'est pas bien expliqué. Il désire quelque chose de plus éclatant et de public ; il faut que toute l'Europe pleure avec lui ; il convient à Voltaire de donner à la défunte l'immortalité qu'elle mérite : lui-même ne mourra content que quand Voltaire se sera surpassé dans ce triste devoir. Il se surpassa en effet, du moins au goût de celui qui la lui avait demandée, dans l'ode qu'on connaît ; Frédéric en fut content et reconnaissant ; Voltaire donna alors à entendre qu'il était temps de lui rendre les « brimborions » — la croix et la clef qui lui avaient été enlevées à Francfort; — Frédéric pensa qu'il fallait au pa-

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