SENTIMENTS DE FREDERIC POUR VOLTAIRE
ravant laisser mourir en paix Maupertuis, qui était trèsmalade et qui mourut en effet pendant l'été. Mais Voltaire ne reçut jamais ensuite les brimborions.
Souvent il manifeste son désir. Frédéric lui a fait assez de mal, lui écrit-il en 1760; il l'a brouillé pour jamais avec le roi de France, lui a fait perdre ses emplois et ses pensions. Ta maltraité à Francfort, lui et une dame — que nous connaissons. Celui-ci lui répond qu'il n'entre point dans les recherches du passé, que Voltaire a eu les plus grands torts envers lui, que cependant il lui a tout pardonné, et veut tout oublier. « Mais,continue-t-il, si vous n'aviez pas eu affaire à un fou amoureux de votre beau génie, vous ne vous en seriez pas tiré aussi bien chez tout autre. Tenez-vous cela pour dit, et que je n'entende plus parler de cette nièce qui m'ennuie, et qui n'a pas autant de mérite que son oncle pour couvrir ses défauts. » D'ailleurs Frédéric donnait quelquefois de bonnes leçons à son correspondant. La vanité avec laquelle celui-ci aimait à se vanter de son titre et de sa seigneurie, donnait à celui-là occasion de lui dire dans la conclusion d'une de ses lettres : « Je souhaite paix et salut, non pas au gentilhomiine ordinaire , non pas à Vhistoriographe du Bien-ai7né (Louis XV) , non pas au seigneur de vingt seigneureries dans la Suisserie ; mais à l'auteur de la Henriade, de la Piœelle, àeBrictîis, de Mérope, etc. » Mais comme il -v-savait bien guérir les blessures qu'il lui faisait ainsi! « Après tout, lui écrit-il dans l'été de 1759, vous m'avez fait plus de plaisir que de mal. Je m'amuse davantage avec vos ouvrages que je ne me ressens de vos égratignures. Si vous n'aviez point de défauts, vous rabaisseriez trop