SENTIMENTS DE FREDERIC POUR VOLTAIRE
l'espèce humaine, et l'univers aurait raison d'être jaloux et envieux de vos avantages. A présent on dit : Voltaire est le plus beau génie de tous les siècles ; mais du moins je suis plus doux, plus tranquille, plus sociable que lui. Et cela console le vulgaire de votre élévation. » Parfois ces éloges de Frédéric à Voltaire affectent le ton d'une réelle déclaration d'amour : « Vous faut-il des douceurs? lui écrit-il l'été suivant de Silésie, à la bonne heure. Je vous dirai des vérités. J'estime en vous le plus beau génie que les siècles aient porté; j'admire vos vers, j'aime votre prose, surtout ces petites pièces détachées de vos mélanges de littérature. Jamais aucun auteur avant vous n'a eu le tact aussi fin, ni le goût aussi sûr, aussi délicat que vous l'avez. Vous êtes charmant dans la conversation, vous savez instruire et amuser en même temps. Vous êtes la créature la plus séduisante que je connaisse , capable de vous faire aimer de tout le monde quand vous le voulez. Vous avez tant de grâces dans l'esprit que vous pouvez offenser et mériter en même temps l'indulgence de ceux qui vous connaissent. Enfin vous seriez parfait si vous n'étiez pas homme. »
Enfin la paix fut conclue ; non par suite des efforts du poëte , mais par suite de la persévérance et du bonheur du roi; et justement à cette époque un nuage passe sur les relations de ces deux hommes. De novembre 1761 à janvier et même novembre 1765 il y a une lacune dans leur correspondance. Peut-être les lettres sont-elles perdues, et pour quelques-unes, c'est une certitude. Cependant, quand dans l'été de 1763 d'Alembert passa deux mois à Potsdam, Voltaire lui parla d'une visite de Platon à Denys de Syra-