VOLTAIRE ET D ETALLONDE-MORIVAL
d'un autre côté, voyait avec plaisir celui-là s'élever, au moins de temps en temps, pour la poursuite de buts plus nobles, au-dessus des petites vanités et des petites querelles qui ne l'occupaient que trop. Le zèle avec lequel Voltaire avait pris en main les intérêts des Calas, des Sirven, des de La Barre et des d'Etallonde, avait toute son admiration. Il doutait, en vérité, du succès de ses efforts en France en faveur du dernier, et avec raison, comme l'événement le prouva; « cependant, lui écrit-il, l'entreprise vous fera honneur, et la postérité dira qu'un philosophe, retiré à Ferney, du fond de sa retraite, a su élever la voix contre l'iniquité de son siècle ; qu'il a fait briller la vérité auprès du trône et contraint les puissants de la terre à réformer les abus. Continuez à protéger la veuve et l'orphelin, l'innocence opprimée, la nature humaine foulée sous les pieds impérieux de l'arrogance titrée, et soyez persuadé que personne ne vous souhaite plus de prospérité que le philosophe de Sans-Souci. » C'est ainsi, ou encore le solitaire de Sans -Souci, que signe en général Frédéric, saluant comme tel le patriarche de Ferney, qui de son côté se nomme Termite des Alpes , le malade du Jura , le vieux malade de Ferney.
Il nous faut maintenant revenir où nous appelle l'affaire d'Etallonde, à laquelle nous venons de faire allusion, au jugement d'Abbeville. D'Etallonde, comme nous nous en souvenons, avait échappé par la fuite au sort de son infortuné compagnon de La Barre, était entré au service de la Prusse sous le nom de Morival, et avait le grade d'enseigne à Wesel quand, en 1767, Voltaire le recommanda au roi, 'qui le fit officier. Quelques années plus tard Voltaire obtint pour lui