LE DUC CHARLES LE MAUVAIS PAYEUR
impression de voir que ce duc wurtembergeois, déjà mêlé pour sa honte éternelle à la vie de deux poëtes allemands, Schubart et Schiller, tint, comme si cela ne suffisait pas, une conduite également mauvaise avec un poëte français. Voltaire demanda l'assistance de son royal protecteur Frédéric, et celui-ci lui donna alors une preuve de sa magnanimité. Il ne pouvait ignorer que ces 100,000 livres prêtées par Voltaire à ce duc ne l'avaient été que pour les sauver de lui, roi. Cela avait eu lieu en 1752, quand, après ses démêlés avec Frédéric, le poëte, craignant de se voir arrêté et ses biens confisqués, s'était occupé en toute hâte de mettre son argent en sûreté. Immédiatement, le roi envoya au duc une lettre émue, où il lui représentait comme une question d'honneur de ne point troubler par des soucis le soir d'un homme comme Voltaire. Mais il faisait remarquer à ce dernier que son Altesse avait l'ouïe bien dure et que la menace du tribunal le rendrait plus attentif qu'un appel à l'honneur. Une partie des sommes en retard furent cependant payées à la fin. Mais ces difiicultés économiques, entremêlées de procès et des soufirances corporelles, — il eut plusieurs évanouissements et plusieurs attaques de nature apoplectique, tandis qu'un asthme l'incommodait et l'inquiétait de plus en plus, — troublèrent ses dernières années et enlevèrent à ses lettres un peu de cette gaieté d'autrefois.
Il ne faut pas mettre au nombre de ces causes de tristesse les querelles littéraires que Voltaire soutint pendant cette de"rnière période; elles appartiennent, au contraire, à ces émotions de l'esprit qui pour lui étaient un besoin. A ses anciens ennemis, Fréron, La Beaumelle, etc., qui dispa-