LA STATUE DE VOLTAIRE
tèrent de la nuit pour dévaliser les caisses et les coffres du roi et de sa suite, et là-dessus déguerpir. Un des combats les plus inoifensifs qu'eut à livrer Voltaire fut celui qui est désigné sous le nom de Pompigyiades. Simon Le Franc de Pompignan, également fier de ses productions littéraires et de sa noblesse, avait pris prétexte de son admission à l'Académie française pour déclamer, dans son discours de réception, en 1760, contre la voie nouvelle que prenait la littérature, surtout quant à la philosophie. Voltaire alors fît tomber sur lui, en peu de temps, une grêle de petits écrits, les Quand, les Si, les Quoi, particules par lesquelles il en commençait chaque alinéa, et le rendit ainsi la risée de la capitale et de tout le public.
Le poëte reçut de son temps un honneur qu'on a coutume de ne décerner aux grands hommes qu'après leur mort. En 1770, un certain nombre de ses admirateurs et de ses admiratrices de Paris eurent l'idée de faire exécuter par le plus célèbre sculpteur du temps, Pigalle, la statue en marbre de Voltaire. Ce devait être d'abord une pensée nationale et les seuls Français devaient être invités à souscrire; mais Voltaire, lorsque ses amis lui communiquèrent leur projet, trouva plus de contentement pour sa vanité à voir y contribuer les princes étrangers qui s'étaient montrés ses protecteurs. Il déclara très- vertement que Frédéric en particulier lui devait cette satisfaction, — naturellement toujours pour l'affaire de Francfort. Celui-ci écrivit à ce sujet à d'Alembert une lettre d'approbation, où il exprimait tout son penchant et toute son admiration pour Voltaire, lequel en fut si joyeux que le discret d'Alembert eut de la peine à l'empêcher de l'imprimer sur-le-champ ;