LA SOCIÉTÉ DU TEMPLE
La Fontaine, comme il Tavait conduit plus tard chez Ninon, il l'introduisit jeune homme dans la société dite du Temple, où, dans des festins licencieux, des princes et des ducs, avec des abbés poètes, se livraient impunément à de spirituelles sorties contre l'intolérance hypocrite des derniers temps de Louis XIV, mais aussi à des railleries sur la religion et la morale. Une telle société, que l'étudiant continua à fréquenter, l'eût, vu la nature de son esprit, détourné du droit, même si l'enseignement eût été moins pédantesque qu'il ne se complaisait plus tard à le représenter ; et quand il nous dit que son père le crut perdu parce qu'il faisait des vers et voyait bonne compagnie, la question est de savoir si le brave homme regardait en eifet celle-ci comme bonne. Très à son aise , il cherchait à stimuler le zèle de son .fils par la perspective de lui acheter au plus tôt une charge; alors il lui fallait entendre de ce fils cette réponse, qu'il ne songeait pas à acheter valeur et considération, mais à les conquérii'.
La poésie lui parut la voie la plus favorable, et dans le but de se faire remarquer, il concourut pour un prix en 1712. L'achèvement du chœur de Notre-Dame par Louis XIV, qui songeait ainsi à remplir un vœu de son père, devait être célébré par une ode, et le jeune poëte n'hésita pas à en composer une, comme il avait déjà fait au collège en faveur de sainte Geneviève, bien qu'il sût déjà qu'il n'était « né pour célébrer les saints ».
En attendant, le père s'alarmait de plus en plus de la conduite irrégulière de son fils ; celui-ci rentrait fort avant dans la nuit, ce qui amenait des scènes, et ses dépenses étaient hors de proportion avec ses moyens : peut-être un