VOLTAIRE A LA HAYE
autre séjour le changerait-il. L'abbé de Châteauneuf était mort depuis quelques années ; mais l'ancien notaire était aussi en relations avec son frère, le marquis, qui, partant comme ambassadeur pour la Haye, prit avec lui l'étudiant, en qualité de page. Là, ce dernier trouva toute une colonie de compatriotes sortis de France pour raison de religion, et avec eux, par malheur, une aventurière de la littérature, une madame Dunoyer, qui avait déjà assez mal marié sa fille aînée, mais avait encore auprès d'elle sa plus jeune. Celle-ci d'ailleurs avait été fiancée et à un homme réellement remarquable, à Cavalier, l'ancien chef des Camisars, le héros de l'insurrection des Cévennes, devenu après sa fuite en 1708 cplonel au service de l'Angleterre. Venu à la Haye, il s'était épris d'Olympe Dunoyer; les rapports avaient cessé dans la suite pour des raisons restées inconnues. Le jeune Arouet s'engageait à le remplacer ; mais la mère ne voyant pas dans le jeune page et poëte une compensation à un colonel anglais, s'adressa à l'ambassadeur français, avec prière de faire cesser le commerce. Quel ne fut pas le désespoir quand monsieur de Châteauneuf annonça au juvénile amant son retour immédiat en France ! Quelques jours de délai lui furent accordés, pendant lesquels la décidée Pimpette le visita une fois, en habits d'homme, à l'hôtel de l'ambassade, où il était consigné. Des plans hardis furent conçus; on voulait mettre en mouvement le pouvoir catholique français, enlever ainsi sa fille à la mère hérétique et la ramener dans son pays près de son père orthodoxe. Dans les lettres et les billets échangés par le couple pendant ces jours et après la séparation, le jeune poëte se montre naïf : il me-