VOLTAIRE SONGE A RETOURNER A FERNEY
vif mécontentement, et Voltaire, qui voyait alors clairement comment y étaient les choses, pensa d'autant plus sérieusement à retourner àFerney. Son secrétaire, qui à la vérité y avait sa femme et ses enfants, l'affermissait dans cette idée ; mais il le faisait également par un loyal souci de la vie de son maître. Tronchin, le médecin genevois alors établi à Paris, y poussait également, ainsi que le brave Dupuits, aussi à Paris en ce moment. Mais la nièce était hors d'elle-même. « Est-il possible ! s'écria-t-elle une fois, il va s'en retourner à Ferney et je serai forcée encore de le suivre. » Les Villette étaient de son côté ; mais aussi des amis de Voltaire bien intentionnés, qui ne prenaient pas assez en considération son état de santé : ainsi d'Alembert, quand il détermina l'Académie à nommer le grand homme directeur pour un trimestre ; ainsi les francs-maçons de la loge des Neuf-Sœurs, qui lui préparaient une réception solennelle. Il se laissa aller à acheter dans la rue Richelieu une maison alors en construction ; néanmoins il voulait retourner sous peu de temps à Ferney, pour y mettre ordre à ses affaires. Mais on devait s'en garder; car qui pouvait savoir si un séjour où il avait vécu si longtemps ne le retiendrait pas ?
Aux excitations du clergé contre Voltaire, le roi avait répondu que puisque ce vieillard devait s'en retourner bientôt, il fallait lui laisser tranquillement finir ses jours dans sa retraite. Mais la nièce se fit au contraire écrire par un courtisan que si Voltaire s'en retournait à Ferney, on allait lui faire défense expresse d'en sortir et de revenir jamais à Paris, et qu'il fallait absolument qu'il ne partît pas, pour éviter la persécution. Ce à quoi il se décida alors;