LES DERNIERS MOMENTS DE VOLTAIRE
et, afin qu'il ne revînt pas sur cette décision, Wagnière, dont on craignait l'influence, fut envoyé à Ferney, pour en rapporter les papiers les plus importants. On veiUa également à ce qu'il ne fût pas de retour de sitôt ni même du vivant àe son maître. Depuis ce moment donc, c'est-à-dire depuis le 1«^ mai , il nous manque ses notes circonstanciées ; nous savons seulement ce que lui-même apprit plus tard, après son retour à Paris, et ce que nous pouvons emprunter aux lettres et aux indications d'autres personnes. Voltaire se livra avec zèle à ses fonctions de directeur de l'Académie française ; il proposa à celle-ci, dans une allocution animée, de remanier son dictionnaire, en prenant pour lui la lettre A. Quand les forces lui manquaient pour un travail aussi assidu, il cherchait à y remédier par une consommation exagérée de café, et comme il sentait s'aggraver son ancien asthme, il pensait apaiser la douleur par des remèdes qu'il choisissait lui-même, surtout par l'opium, et ne parvint ainsi qu'à ruiner complètement son organisme. En ce qui concerne le cours ultérieur de la maladie, et les derniers jours de Voltaire, les récits de d'Alembert et de Tronchin, appelé trop tard, semblent se contredire. Dans des lettres détaillées du premier au roi de Prusse sur la mort de Voltaire, ce dernier serait resté, après avoir pris l'opium, dans un assoupissement constant, interrompu seulement par quelques moments lucides, pendant lesquels il se serait plaint, bien que tranquillement et doucement, d'être venu à Paris pour y mourir, et, selon ce que rapporte plus tard Wagnière, d'être délaissé de tout le monde, d'avoir été séparé de son fidèle serviteur, et de ne point voir son notaire, qu'il avait demandé. Tronchin, au con-