MORT DE VOLTAIRE
traire, dans une lettre à Bonnet, parle d'une agitation terrible chez le mourant ; il compare sa fin à une tempête, il se rappelle les furies d'Oreste. Mais si l'on peut soupçonner d'Alembert d'avoir adouci en vue d'une apologie, en qualité d'ami partageant les idées de Voltaire, Tronchin, assurant que la fin de celui-ci l'eût encore affermi dans ses principes si cela eût été nécessaire, se montre comme un homme qui regarde les opinions de son malade comme funestes et parle sous l'influence de cette idée. Tous deux du reste s'accordent à reconnaître, ce que d'Alembert dit expressément, que Voltaire est mort à regret. Mais quand Tronchin lui-même nous montre le mourant agité par l'idée du dictionnaire de l'Académie, et non par des reproches de sa conscience, nous reconnaissons clairement que c'était la douce habitude d'agir et de produire qui retenait davantage à la vie le plus laborieux de tous les hommes, et dont il pouvait le moins se détacher. Dans ses derniers moments, Goethe donne lieu à la même observation ; seulement ce qui en celui-ci, dont tout l'être formait un ensemble harmonique, lui donnait résignation et espérance, semble être devenu en Voltaire, chez qui cette harmonie manquait, une impatience, une précipitation qui laisse une pénible impression. Lorsqu'on vit que la fin était proche , on envoya chercher l'abbé et le curé. Le premier se contenta de quelques exhortations à la patience ; mais l'autre demanda d'une voix rude au mourant s'il croyait à la divinité du Sauveur, sur quoi Voltaire, se retournant brusquement de l'autre côté, s'écria : « Laissez-moi mourir en paix! » La mort vint en effet deux jours plus tard, le 30 mai, à onze heures un quart du soir. Sept ans auparavant. Voltaire avait écrit