SA SÉPULTURE
à Frédéric : « Je ne crains point la mort, qui s^approche de moi à grands pas; mais j'ai une aversion invincible pour la manière dont on meurt dans notre sainte reliligion catholique, apostolique et romaine. Il me parait extrêmement ridicule de se faire huiler pour aller dans Tautre monde, comme on fait graisser l'essieu de son carrosse en voyage. Cette sottise et tout ce qui s'ensuit me répugne si fort que je suis tenté de me faire porter à Neufchâtel, pour avoir le plaisir de mourir chez vous. » Et peu de mois encore avant sa fin, en novembre 1777, il avait écrit au même : « J'ai aujourd'hui quatre-vingt-quatre ans. J'ai plus d'aversion que jamais pour l'extrême-onction et pour ceux qui la donnent. » Elle lui fut en efiet épargnée. Voltaire s'était fait bâtir à Ferney un tombeau attenant à l'église; néanmoins il avait recommandé plus tard de l'enterrer dans sa chambre de bains. Pour des raisons que nous ne connaissons pas, les parents ne prirent pas en considération cette volonté dernière, et à Paris le curé, certainement par ordre supérieur, refusa de l'inhumer. La famille ne pouvait s'en remettre à un appel au parlement ; elle préféra diriger en toute hâte, après l'avoir fait embaumer, le corps vers l'abbaye de Scellières, non loin de Troyes, en Champagne, qui avait pour abbé commendataire le conseiller Mignot, neveu de Voltaire. Il y fut inhumé dans l'église du couvent, après un service solennel, le 2 juin. On vit bientôt qu'on avait eu raison de se hâter; car à peine le corps était-il descendu dans la tombe, qu'il arriva un ordre de l'évêque de Troyes interdisant l'inhumation. La défense venait trop tard; Voltaire, même après sa mort, avait joué un nouveau tour au clergé.