‹ Voltaire: six conférencesChapitre 247 sur 257 · ÉLOGE DE FRÉDÉRIC · texte numérisé non relu

ÉLOGE DE FRÉDÉRIC

Lorsque retentit la nouvelle de cette mort, le roi Frédéric était occupé aux préparatifs de la guerre de la succession bavaroise ; ce qui ne l'empêcha pas de faire de Voltaire, d'abord au camp de Schatzlar et ensuite à Breslau, un éloge qui fut présenté à l'académie de Berlin le 26 novembre de la même année. Quand six ans plus tard parurent les méchantes insinuations sur la vie privée du roi, que Voltaire n'avait pas publiées, à la vérité, mais qu'il avait écrites, Frédéric dut y rester fort indifférent. Il put se souvenir de la lettre où il avait dit bien des années auparavant à Voltaire parlant de mort, que celui-ci aurait le plaisir d'écrire sur sa tombe une épitaphe malicieuse, mais qu'il ne s'en fâcherait pas et lui en donnait par avance l'absolution.

Dans son testament Voltaire avait institué sa nièce sa légataire universelle, et pourvu ses autres parents de legs particuliers. Madame Denis vendit au bout de trois mois ce Ferney si détesté au marquis de Villette, qui lui non plus ne le conserva pas longtemps. Le village, privé du soutien de son fondateur, retomba bientôt dans sa pauvreté première. L'héritière, alors âgée de soixante-huit ans, se maria l'année suivante à un certain Duvivier. L'impératrice Catherine acheta la bibliothèque de Voltaire et la fit transporter à Pétersbourg par Wagnière, auquel elle procura, par une pension viagère, ce que Voltaire avait négligé ou avait été empêché d'assurer.

Son corps était depuis treize ans dans l'abbaye de Scellières, lorsqu'éclata la révolution , et deux ans plus tard, en mai 1791, l'Assemblée nationale décida le transfert des restes de Voltaire, en même temps que celui des restes de son adversaire Rousseau, à l'église Sainte-Geneviève, deve-

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