VOLTAIRE CHEZ UN PROCUREUR
ses efforts en faveur des Calas et des Sirven ; quand nous le voyons plus tard, en différentes occasions, soit pour lui soit pour autrui, montrer tant d'aptitude aux affaires, nous pouvons nous souvenir du bureau de maître Alain, et conclure que le temps qu'il y resta ne fut pas pour lui tout à fait sans fruit. D'ailleurs sa manière de vivre le ramena bientôt dans la voie dont l'avait éloigné le séjour à la Haye. Les relations reprirent avec la société du Temple, et dans son étude même il trouva en Thieriot, de deux ans moins âgé que lui, un compagnon partageant son goût pour la belle littérature et les plaisirs de la capitale ; mais à qui il manquait, avec le talent de créer, la force de volonté qui arrachait parfois son ami à cette vie dissipée, et qui à cette époque même lui faisait trouver du temps pour des travaux sérieux, parfois absorbants. Il fréquentait avec Thieriot les théâtres et les cafés, le faisait le confident de ses tentatives et de ses projets poétiques. Avec son ode sur le vœu de Louis XIII il avait échoué ; il fut plus heureux dans le genre satirique et le genre erotique ; mais avec le premier on ne se fait pas d'amis, et avec le second on ne se fait pas une bonne réputation. Au reste, même au collège, le jeune Arouet avait déjà conçu des projets dramatiques : peu à peu se formèrent le plan et la première exécution d'Œ'ûîepé?. Le père était tout aussi peu satisfait de ces occupations, de cette société et de cette manière de vivre, que le fils de son étude. Une nouvelle rupture était imminente si un bienveillant protecteur ne s'était interposé. Le marquis de Caumartin, homme de grande considération, qui s'intéressait à Voltaire, demanda au père la permission de l'emmener avec lui à son domaine de Saint- Ange, non