VOLTAIRE CHEZ MONSIEUR DE CAUMARTIN
loin de Fontainebleau. Caumartin était une chronique vivante du règne de Louis XIV, pendant lequel il avait rempli de hautes fonctions et connu toutes les personnalités marquantes; outre cela, admirateur enthousiaste d'Henri IV et de son digne Sully. Leurs portraits ornaient la salle du château ; le vieux châtelain savait les animer par ses récits, et il avait trouvé dans son jeune hôte l'auditeur le plus reconnaissant. Le séjour à Saint -Ange déposa dans l'esprit de Voltaire les germes de deux de ses plus grandes œuvres, la Henriade et le Siècle de Louis XIV.
Sur ces entrefaites, Louis XIV était mort en septembre 1715, et son successeur étant mineur, le duc Philippe d'Orléans était devenu régent. Alors fut jeté le masque de la cagoterie et de l'hypocrisie ; mais ce qui se révéla alors fut un bourbier putride de corruption morale. Le régent luimême , le fils de notre excellente princesse palatine Elisabeth-Charlotte, qui d'ailleurs s'était souvent plainte dans ses lettres de se voir enlever, toute influence sur son éducation, le régenjt lui-même se montra exempt d'au moins un défaut des Bourbons, la bigoterie. Mais comme aucune règle morale ne l'avait remplacée, il se laissa choir dans tous les vices qui, pendant les dernières années de son oncle, s'étaient développés sous le manteau de la cagoterie, et finit par laisser de côté toute dissimulation. Sa fille, la duchesse de Berry , avait peu à lui envier, et les rapports entre le père et la fille ne furent pas toujours purs de tout horrible soupçon. La crainte, qui sous le vieillard despote avait enchaîné les esprits, disparut sous le facile régent, et quiconque voulut rimer put faire son épigramme ; pourquoi