VOLTAIRE A LA BASTILLE
le jeune Arouet, qui devait mieux s'en tirer que tout autre, ne Taurait-il pas fait? Philippe d'Orléans était, d'une part, si débonnaire, de l'autre si étranger à tout sens moral, que personnellement ces choses le touchaient peu; mais comme régent il ne pouvait les laisser se produire : le jeune T. satirique fut donc exilé de la capitale. La résidence imposée était d'abord Tulle, qui fut changée, à la prière du père, pour Sully-sur-Loire. Les Arouet y avaient des parents; bientôt le banni fit partie de la société du duc de Sully, qui résidait là, et de ses joyeuses fêtes. Entre autres poésies légères , il composa une épître au régent, où , employant la tactique qu'il suivit toute sa vie, il se plaignait de se voir attribuer d'aussi pauvres rimes; et, en eifet, au commencement de l'année 1717, après une durée de huit mois , son exil fut levé. Le régent le reçut dans une audience cordiale; mais le gracié fut bientôt récidiviste. Un poëme contre la cour et le règne de Louis XIV, qui à la vérité circulait depuis longtemps, lui fut à tort attribué ; mais une satire latine en style lapidaire sur le gouvernement, le fameux puero régnante, était bien de lui. Il essaya de le nier, mais en vain cette fois ; on avait des preuves trop certaines. Un officier, nommé Beauregard, qui acceptait le métier d'espion, avait su s'insinuer dans sa confiance et faire avouer à sa vanité qu'il en était l'auteur. A la Pentecôte de 1717 il fut donc mis à la Bastille, où il resta jusqu'en avril de l'année suivante, presque onze mois. Sa réclusion d'ailleurs était très-douce. Là, il étudia Homère et Virgile et continua le poëme épique sur Henri IV, déjà commencé à Saint- Ange. A la Bastille succédait d'habitude un exil de quelques temps; cette fois, autant que