‹ Voltaire: six conférencesChapitre 30 sur 257 · ŒDIPE · texte numérisé non relu

ŒDIPE

nous sachions, ce fut à Chàtenay, dans la propriété paternelle. Enfin, après bien des jours d'attente, le banni put revenir en automne à Paris.

Le but principal de ce retour était de préparer la représentation à' Œdipe, qui, après de longs efforts pour lui gagner des protecteurs dans la haute société, et pour la faire agréer du personnel du Théâtre-Français, avait enfin été reçu par celui-ci. Le jeune poëte en avait exposé le plan et certaines parties à ses amis de la société du Temple; plus tard il avait lu sa pièce à Sceaux, au cercle de la duchesse du Maine, et s'était conformé autant que possible aux critiques et aux conseils qu'il en avait reçus, comme aux vœux des acteurs. Cette docilité, qui s'inspirait également de l'effet produit sur le public pour améliorer son œuvre, était et resta tellement dans la manière de Voltaire, que les malins disaient de lui dans la suite qu'il faisait ses pièces entre les représentations : particularité qui répondait à l'ébauche rapide et à l'échafaudage léger de ses ouvrages ; comme d'un autre côté elle était, chez un homme aussi bourré de vanité, le signe d'une abnégation volontaire digne de louange à côté de défauts bien connus. A la vérité, en se soumettant à la voix du public, il abandonnait une idée qu'il croyait meilleure; et il n'y avait plus alors là qu'une vanité faisant échec à une autre. Après ces épreuves préparatoires, Œdipe parut pour la première fois sur la scène, le 18 novembre 1718. Un trait caractéristique de notre poëte de vingt-quatre ans , est l'idée de paraître sur le théâtre portant la queue du grand prêtre, espièglerie qui, par cela même qu'une grande partie du public le connaissait, pouvait nuire au succès de la pièce. Mais celle-ci fut saluée

Page 1