AROUET DE VOLTAIRE
par des applaudissements enthousiastes, eut quarante-cinq représentations successives, et le jeune Arouet fut le favori du jour. Le duc d'Orléans le gratifia d'un cadeau et d'une médaille d'or, et l'année suivante, quand la pièce fut imprimée. Madame en accepta la dédicace.
Au bas de cette dédicace parut pour la première fois le nom d' Arouet de Voltaire, que le poëte porta quelque temps, jusqu'à ce qu'il délaissât enfin Arouet et ne s'appelât plus que de Voltaire. De tels changements de nom n'étaient pas sans exemple à cette époque , surtout parmi les écrivains; ainsi avait fait Molière.] Voltaire donna pour raison le désir de n'être plus confondu avec le poëte Roy, avec qui il était brouillé, confusion qui pouvait en effet alors résulter de la manière de prononcer son nom, que nous trouvons même chez quelques-uns écrit Arroy. Mais si l'ancien ne lui plaisait plus, où prit-il le nouveau? On dit, à la vérité, d'un petit bien de famille de sa mère ; mais ce petit bien est introuvable. Il se rencontre, au contraire, que les lettres du nom Arouet l(e) j(eune) transposées donnent le nom Voltaire; et nous savons que cette manière de se reconstituer un nom n'était pas extraordinaire, puisque le surveillant du jeune Arouet au collège, le père Thoulié, en laissant de côté un h superflu, se changea par un anagramme en l'abbé d'Olivet.
Tandis que le poëte avec son nouveau nom était d-evenu à la mode dans le monde et entraîné dans le tourbillon de la société, une nouvelle disgrâce le frappa du côté du régent, qui eût cependant trouvé tant de plaisir à le protéger, et qui s'était beaucoup amusé de son poëme sur la Bastille. Mais un poëme satirique, respirant l'esprit de Ju-