VOYAGE EN HOLLANDE
son épopée et reçut ses applaudissements; mais ce nom n était pas de bon augure pour Voltaire. Comme plus tard Jean-Jacques, Jean-Baptiste devint alors, ou plutôt à une seconde visite lors du retour de Hollande, son adversaire déclaré. Le motif est conté des deux côtés de façon différente. D'après Rousseau, ce serait le scandale qu'éprouva sa piété aux hardiesses du poëme à Julie, c'est-à-dire à sa compagne de voyage; mais la nouvelle piété de l'ancien poëte des épigrammes n'était pas si prude. Voltaire, de son côté, prétend avoir répondu à Rousseau lisant à lui et à sa compagne son Ode à la postérité, qu'il doutait que celle-ci aille à son adresse; un mot, certes, qu'on ne dit pas en face à quelqu'un avec qui l'on n'a déjà pas rompu. Quoi qu'il en soit, là prit naissance une de ces inimitiés littéraires qui, dans la vie de Voltaire, ont joué un rôle si grand et si fâcheux. Bien que n'attaquant pas en général le premier, une fois excité, la passion l'emportait de plus en plus, et alors, comme d'ailleurs ses adversaires, il se servait sans distinction de ce qui pouvait devenir une arme, de tout ce qu'il croyait pouvoir anéantir ceux-là comme écrivains et comme hommes. Si je mentionne que dans la suite il rappelait souvent au souvenir de Rousseau que le père de ce dernier avait été le cordonnier du sien, on se fera facilement idée du reste, bien que ce ne soit pas le plus vilain épisode de ce combat. De Bruxelles, le voyage se continua vers la Haye et Amsterdam, où la vue d'un peuple libre, sans cour ni noblesse, subsistant par ses seules forces et par son industrie, fit sur Voltaire une profonde impression. En même temps il chercha et trouva à la Haye un éditeur pour soa poëme épique, qu'il pensait publier par