‹ Voltaire: six conférencesChapitre 36 sur 257 · VOLTAIRE ET LES FEMMES · texte numérisé non relu

VOLTAIRE ET LES FEMMES

quand il y avait amour, les maris de ce temps-là ne faisaient pas obstacle. Voltaire trouva ainsi, durant ces années, un intérieur agréable, d'abord près de la marquise de Mineure, une veuve, puis de la présidente de Dernières, qui avait encore un époux, et qui le prit même comme locataire dans sa maison. Il fut plus longtemps passionnément épris de la maréchale de Villars, qui, avec une froide coquetterie, savait le tenir à distance sans le désespérer. D'autre sorte étaient les rapports que le commerce avec le monde de la scène faisait naître entre le poëte dramatique et les jeunes actrices. A l'époque où son Œdipe était à l'étude, il fît la cour à la Duclos ; plus tard Adrienne Lecouvreur fut un instant son amante et resta son amie jusqu'à sa mort si prématurée ; mais un attachement tout particulièrement gracieux naquit de son exil à Sully, où il apprit à connaître une jeune dilettante. Suzanne Livry était la fille d'un employé aux finances de Paris, mais avait un oncle à Sully, où elle était attirée pour les représentations dramatiques, une des meilleures distractions du duc et de son brillant entourage. Suzanne accepta comme garantie d'un talent dramatique les applaudissements qu'en ces occasions on ne refuse jamais à une jolie fille de manières agréables , et le jeune poëte dramatique dut l'aider dans son éducation. Elle s'instruisit près de lui dans la déclamation, et, au bout de peu de temps, elle put paraître sur le Théâtre-Français, entre autres avec le rôle de Jocaste, dans V Œdipe, Elle eut peu de succès, le désir était visiblement plus grand que la puissance. Elle en eut d'autant plus près de son professeur, et l'élève ne fut pas ingrate . On s'aima cordialement et on se jura fidélité éternelle ;

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