VOLTAIRE ET LA COUR
chelieu, de la maîtresse du premier ministre, madame de Prie. Rester dans de bons termes avec cette dame devint alors toute sa politique. Par sa protection, il assista en novembre 1725 au mariage du jeune roi et de Marie Leczinska, vit ses tragédies applaudies par la cour, fut présente à la nouvelle reine, et gratifié, comme auparavant par le roi, d'une pension sur sa cassette. C'est à cette occasion qu'il connut aussi son père, l'ancien roi de Pologne, avec lequel il devait nouer plus tard, à Lunéville, des relations encore plus étroites. Grâce à cette faveur de la cour, Voltaire, âgé de trente-quatre ans, dans toute la plénitude de sa force, se croyait près de parvenir au faite de ses espérances; mais il a été mis ordre à ce que les grands arbres n'élèvent pas leurs cimes dans les cieux.
Nous assistons à cette époque en France, comme un peu ' plus tard en Allemagne, à la lutte du talent, surtout du talent poétique, cherchant à conquérir sa place dans la société. Il y a là deux phases à distinguer, l'existence matérielle et l'influence morale ; et il est intéressant d'observer les différences qui marquèrent le début et la conduite de cette lutte chez les deux peuples voisins. Les principaux acteurs, non pas les seuls, cela se comprend, furent, en France, Voltaire et Jean -Jacques Rousseau, en Allemagne Klopstock, puis Goethe et Schiller.
En ce qui concerne le côté économique, au siècle précédent le temps était déjà venu, au moins en Allemagne, où le poëte pouvait trouver dans le produit de ses ouvrages une base d'existence suffisamment large et assurée. Klopstock pouvait se passer de la pension du roi de Danemark et du margrave de Bade ; Goethe , de son traitement de