‹ Voltaire: six conférencesChapitre 43 sur 257 · LE TALENT ET LA SOCIETE · texte numérisé non relu

LE TALENT ET LA SOCIETE

ministre à Weimar; Schiller, avec les dons du duc d'Augustembourg et du comte Schimmelmann, de la pension du duc Charles- Auguste. Mais ils avaient besoin de toute leur simplicité et de toute leur frugalité pour ne pas dépasser leur revenu, de plus en plus faible une fois qu'ils avaient touché le produit de leurs écrits. Voltaire ne fut pas astreint à une telle frugalité. Il jugeait le génie digne de marcher de pair avec la naissance, non-seulement sous le rapport de la considération, mais sous celui même des jouissances, et chercha à se procurer ce qu'avaient les nobles et les grands, les instruments de ces jouissances. Mais pour cela son génie seul ne suffisait pas : ses écrits seuls ne lui eussent jamais donné la fortune qu'il voulait posséder. Avec les petites pensions, il avait encore besoin de ' spéculations de finance , chose impossible sans l'appui de puissants protecteurs. Cela déjà donna à ses rapports avec beaucoup de possesseurs du pouvoir Un tout autre caractère que chez nous; aussi sa plus grande intimité avec des seigneurs peu dignes pour la plupart, ravalat-elle le poëte français au lieu de l'élever. Voltaire ne pouvait se présenter à un cardinal Dubois, à un duc de Richelieu ou de Sully avec la dignité morale de Klopstock en face du comte Bernstorfl*, de Goethe et de Schiller en face du duc de Weimar. Parce qu'il ne voulait pas ainsi descendre, Rousseau songea à se contenter de la considération, et de se limiter à moins de jouissance et de fortune; et, en face de la société poursuivant le luxe et le bien-être, il se campa dédaigneux, fier de se suffire à lui-même. Là Aristippe, ici Diogène. Entre ces deux extrêmes, nos poètes allemands cherchaient à se frayer une voie modeste,

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