LES COUPS DE BATON DANS LA LITTERATURE
ne se refusant pas à toute condescendance qui n'attaquait pas leur dignité.
Il y a dix-huit ans que parut à Paris un écrit sur « le rôle des coups de bâton dans l'histoire littéraire ». La littérature allemande les connut aussi, mais plutôt en ce qui touche la politique et le journalisme. Dans les régions sacrées de notre littérature vraiment classique, on ne trouve rien qui puisse servir de pendant à ce que nous avons déjà raconté ou à ce que nous sommes sur le point de raconter encore.
Un soir de décembre 1725, le chevalier de Rohan-Chabot, descendant d'une noble maison et maréchal de camp sans avoir jamais vu un camp, se rencontra avec Voltaire à l'Opéra. Un mot de ce dernier lui ayant sans doute déplu, il lui demanda : Mons de Voltaire, Mons Arouet, comment vous appelez- vous? Pour cette fois Voltaire répondit avec modération et la chose n'alla pas plus loin. Deux jours après, tous deux se rencontrèrent de nouveau à la Comédie- Française, en présence de l'actrice Lecouvreur, et, peutêtre pour faire parade de son esprit, le chevalier renouvela sa question. Alors Voltaire lui fît cette réponse, « qu'il ne traînait pas un grand nom, mais qu'il savait honorer celui qu'il portait. »
Là-dessus le chevalier leva sa canne. Voltaire saisit son épée; mais l'actrice mit fin à la scène par un évanouissement opportun. Quelques jours après. Voltaire, comme il lui arrivait souvent, dînait à la table de duc Sully. Paraît un serviteur annonçant que M. de Voltaire est attendu par quelqu'un à la porte de l'hôtel. En bas, celui-ci trouve un fiacre avec deux hommes, qui le prient de monter à la por-