‹ Voltaire: six conférencesChapitre 45 sur 257 · INJURE DU CHEVALIER DE ROHAN · texte numérisé non relu

INJURE DU CHEVALIER DE ROHAN

tière, puis le saisissent par ses habits et font tomber sur ses épaules une grêle de coups de bâton, tandis que le chevalier était dans une seconde voiture, d'où, comme il s'en, vanta plus tard, il « commandait les travailleurs », leur recommandant toutefois de ne pas frapper à la tête. L'insulté rentre à l'hôtel et demande au duc de l'accompagner chez le commissaire et de faire dresser protocole de l'affaire ; le duc s'y refusa. Sans doute il ressentait l'injure faite à un hôte dérangé de sa table pour être maltraité devant sa porte, et à un hôte qu'il traitait depuis dix ans sur le pied de l'amitié, et qui avait reconnu son hospitalité en célébrant en vers brillants la gloire de son aïeul. Mais les Rohan étaient une noblesse puissante et nombreuse, et le poëte n'était qu'un bourgeois. Selon l'idée générale, quand un de ceux-ci élevait trop haut le ton, il méritait un pareil châtiment. Le prince de Conti, dont nous possédons des vers élogieux sur la première tragédie de Voltaire, jugea que les coups avaient été mal donnés, mais bien reçus ; révêque de Blois, membre de la famille Caumartin, si amie de Voltaire, dit : « Nous serions bien malheureux si les poëtes n'avaient pas d'épaules; » un journaliste du temps écrit ceci : « Le pauvre battu se montre le plus souvent qu'il peut à la cour, à la ville, mais personne ne le plaint, et ceux qu'il croyait ses amis lui ont tourné le dos. » Il en appela surtout en vain à madame de Prie, et par elle au duc de Bourbon : s'il ne se secourait pas lui-même, il ne serait pas secouru.

Personne ne demandera que Voltaire ait été un héros. Ses amis eux-mêmes lui reconnaissaient bien la vaillance morale, mais non la vaillance physique. Cependant il était

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