SPÉCULATIONS FINANCIERES
chement exprimé sur sa manière de voir en ces choses, dans ses Mémoires, « On me demande par quel art je suis parvenu à vivre comme un fermier général; il est bon de le dire, afin que mon exemple serve. J'ai vu tant de gens de lettres pauvres et méprisés, que j'ai conclu dès longtemps que je ne devais pas en augmenter le nombre. Il faut être en France enclume ou marteau : j'étais né enclume. Un patrimoine court devient tous les jours plus court, parce que tout augmente de prix à la longue, et que souvent le gouvernement a touché aux rentes et aux espèces. Il faut être attentif à toufes les opérations que le ministère, toujours obéré et toujours inconstant, fait dans les finances de l'État. 11 y en a toujours quelqu'une dont un particulier peut profiter sans avoir obligation à personne, et rien n'est si doux que de faire sa fortune par soi-même : le premier pas coûte quelques peines, les autres sont aisés. Il faut être économe dans sa jeunesse, on trouve dans sa vieillesse un fonds dont on est surpris. C'est le temps où la fortune est le plus nécessaire, c'est celui où je jouis; et après avoir vécu chez des rois, je me suis fait roi chez moi, malgré des pertes immenses. » Ainsi disait Voltaire à une époque bien postérieure.
En attendant, il s'occupait de mettre la dernière main à ses écrits apportés d'Angleterre et de les faire paraître. Sa tragédie de Brutus ne put réussir. Pour YHistoire de Charles XII, la faiblesse du gouvernement français lui suscita d'inutiles tracasseries. Après lui avoir été accordée, la permission dlmprimer lui fut retirée, parce qu'il avait laissé dans l'ombre l'adversaire du roi de Suède, l'électeur et roi Auguste de Saxe et de Pologne, envers qui l'on