‹ Voltaire: six conférencesChapitre 54 sur 257 · HISTOIRE DE CHARLES XII · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE CHARLES XII

se croyait obligé à des égards. Voltaire dut imprimer et introduire clandestinement dans Paris Y Histoire de Charles XII, comme auparavant la Henriade. Cette fois encore, d'ailleurs, la défense ne nuisit pas au succès de l'œuvre , qui attachait tout d'abord par sa forme. Les objections contre maints passages vinrent ensuite. La savante érudition historique hocha la tête. Notre Schlosser jugea que cette histoire ne valait guère mieux qu'un roman. Et malgré le témoignage que l'auteur se fit délivrer plus tard par l'ex-roi Stanislas, le protégé de son héros, que tout dans ce livre était vrai et dans l'ordre réel, il y a peu à relever contre ce jugement ; mais tout aussi peu contre celui d'un critique français (Villemain), qui appelle cette histoire un chef-d'œuvre dans l'art de conter. Et c'était justement ce dont on avait besoin. Les savants, les profonds travaux historiques, les respectables in-folio et in-quarto ne manquaient paè ; il ne manquait que de les pouvoir lire. Nonseulement l'absence de goût, mais même l'absence de pensée se faisait trop sentir dans cette érudition pédantesque. Le jugement des hommes et des choses était étouffé sous le fatras des matériaux, des généalogies et des déductions. Dans le petit livre de Voltaire, au contraire, tout était jugement ; bien qu'en revanche mainte chose laissât à désirer — les faits étaient d'ailleurs trop récents — en ce qui touche la profondeur dans les recherches. Soit! cette fois on apprenait de lui à conter; avec le temps d'autres viendraient qui uniraient la recherche profonde à la description vivante.

Pour rendre toute jifetice au mérite de Voltaire, on ne doit pas perdre de vue, qu'à part quelques succès de

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